Accélérer l’adoption des autobus scolaires électriques au Canada: quelles prochaines étapes?

La feuille de route de l’ACEAS pour un avenir plus vert

Publié le 14 novembre 2023

L’Alliance canadienne pour l’électrification des autobus scolaires (ACEAS) s’est fixé un objectif audacieux et ambitieux : atteindre 100 % d’autobus scolaires électriques (ASE) au Canada d’ici 2040. Cependant, une telle transformation nécessite un effort complet et coordonné, impliquant des politiques fédérales et provinciales qui favorisent l’adoption des ASE.

Pour ouvrir la voie à cette transition monumentale, l’ACEAS a publié un rapport intitulé « Accélérer l’adoption des autobus scolaires électriques au Canada: quelles prochaines étapes? »

Ce rapport sert de pierre angulaire dans la mission de l’ACEAS, énumérant les innombrables avantages des ASE et abordant les défis et les obstacles qui ont entravé leur adoption généralisée. De plus, le rapport présente un ensemble complet de recommandations visant à guider les gouvernements et les parties prenantes à tous les niveaux pour accélérer l’électrification des autobus scolaires au Canada.

Continuez à lire le résumé du rapport de recommandations.  

Avantages de la transition vers les ASE

La transition vers les ASE offre d’importants avantages environnementaux, jouant un rôle crucial dans les efforts du Canada pour lutter contre les changements climatiques. En remplaçant les autobus diesel traditionnels par des ASE, nous pouvons réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre (GES). Les ASE ne produisent aucune émission à l’échappement, ce qui peut entraîner une réduction de plus de 1 million de tonnes d’émissions de GES chaque année. En d’autres termes, chaque année, un parc entièrement composé d’ASE permettrait d’éliminer autant de GES que 260 360 véhicules de passagers à essence conduits sur la même période.

 

Le passage aux ASE améliore directement la santé publique en réduisant l’exposition à des polluants nocifs tels que les oxydes d’azote et les particules fines. Moins d’émissions a un impact positif sur la qualité de l’air, ce qui entraîne une diminution des taux d’asthme et de maladies respiratoires, notamment chez les enfants. En choisissant les ASE, nous donnons la priorité au bien-être des élèves et de nos communautés, garantissant un environnement plus sain et plus sûr.

 

Les ASE offrent des perspectives économiques prometteuses. Bien qu’ils nécessitent des investissements initiaux plus élevés, les ASE apportent une prosperité financière à long terme. La réduction des coûts de carburant et d’entretien, la création potentielle d’emplois dans le secteur de l’énergie verte et la stimulation des économies locales grâce au développement des infrastructures pour les véhicules électriques contribuent tous favorablement à l’économie. Par exemple, les ASE nécessitent 80 % moins d’énergie et 50 % moins d’entretien en raison de leur conception. 

De plus, les ASE peuvent ouvrir la porte à d’autres sources potentielles de revenus, grâce aux crédits de réglementation sur les carburants propres et à la participation à la technologie véhicule-réseau  (V2G ou “Vehicle-to-Grid” en anglais), renforçant ainsi leur attrait économique.

« En électrifiant l'ensemble du parc d'autobus du Canada, on pourrait potentiellement éliminer 1,17 million de tonnes d'émissions de GES chaque année, soit l'équivalent d'éviter 1,66 million de vols aller simple de Halifax à Vancouver chaque année ».

Contexte de l’électrification des parcs d’autobus scolaires

Les données récentes révèlent qu’il y a plus de 900 ASE en service, constituant un peu moins de 2 % du parc total d’autobus scolaires canadiens, qui compte environ 51 000 autobus. Le Québec est en tête, suivi de l’Île-du-Prince-Édouard (Î.-P.-É.), de la Colombie-Britannique (C.-B.) et de l’Ontario. Il convient de noter en particulier la réalisation de l’Î.-P.-É., avec plus d’un quart de son parc d’autobus scolaires désormais électrique. Ces chiffres indiquent une présence encore relativement modeste des ASE à l’échelle nationale.

Au Canada, plusieurs provinces favorisent activement l’adoption des ASE grâce à des objectifs politiques et des programmes de financement :

La C.-B. a adopté de nouveaux objectifs en matière de véhicules zéro émission (VZE) pour les véhicules moyens et lourds (VML) qui sont alignés avec les objectifs de la Californie. La réglementation proposée exigerait que les ventes de VML soient à 100 % des VZE d’ici 2036. La province offre un soutien financier substantiel pour l’achat d’ASE, allant de 100 000 dollars ($) à plus de 200 000 $. S’ajoute en plus un financement supplémentaire exclusivement pour les bornes de recharge destiné aux communautés autochtones et aux entreprises.

L’Î.-P.-É. vise à électrifier entièrement son parc de la Direction des écoles publiques de langue anglaise d’ici 2030. Les gouvernements provincial et fédéral investissent conjointement 6,3 millions de dollars (M$) dans l’acquisition d’ASE par le biais du volet Infrastructure verte du plan d’infrastructure Investir au Canada.

Le Québec exige que tous les nouveaux achats d’autobus scolaires soient électriques, avec pour objectif d’atteindre 65 % d’ASE d’ici 2030. Pour l’exercice financier 2023-2024, l’aide financière pour l’achat d’ASE a été rétablie à 150 000 $ par autobus, avec un supplément de 25 000 $ pour les modèles équipés de batteries de 155 kWh et plus.

 

La vision de l’ACEAS pour 2035 et 2040

La vision de l’ACEAS implique une transition complète des 51 000 autobus scolaires du Canada vers l’électrique d’ici 2040. Pour y arriver, il faudra remplacer en moyenne plus de 2 850 autobus par an par des modèles électriques entre  2023 et 2040. Cette approche progressive tient compte des limitations de la chaîne d’approvisionnement suivies de l’augmentation de la disponibilité des ASE.

Pour réaliser cette vision, un investissement important en capital dépassant 1,25 milliard de dollars (G$) en 2023 seulement, partagé entre les diverses parties prenantes du transport scolaire,  est essentiel. Cette exigence en capital devrait diminuer à mesure que les coûts d’achat des ASE diminuent, atteignant environ 1G$ d’ici 2040.

Un objectif plus ambitieux exploré par l’ACEAS est la transition complète vers 100 % d’ASE d’ici 2035. Dans ce scénario, chaque autobus scolaire atteignant l’âge de 12 ans serait remplacé par un modèle électrique à partir de 2023.

Cependant, des défis se posent en raison du manque de capacité de production et de conversion pour transformer le nombre nécessaire de véhicules dans ce délai.

Principaux obstacles et recommandations de l'ACEAS

La transition vers les ASE au Canada fait face à de nombreux défis qui comprennent les éléments suivants :

Au niveau administratif, l’accès aux programmes de financement fédéraux, comme  le Fonds pour le transport en commun à zéro émission (FTCZE), est entravé par la complexité et la lourdeur des processus administratifs, entraînant des retards et des difficultés dans l’octroi des subventions à l’achat et le remplacement rapide des véhicules. L’obligation de postuler à plusieurs programmes ajoute à la charge administrative.

En termes de coûts, les ASE viennent avec des coûts initiaux considérablement plus élevés par rapport aux autobus diesel. Par exemple, les ASE de Type C coûtent 250 000 $ plus cher que ces homologues au diesel. Ceci rend souvent le financement fédéral seul insuffisant, en particulier dans les provinces sans programme de financement provincial supplémentaire.
 
Le manque d’infrastructure de recharge pose un obstacle important, avec des provinces comme l’Î.-P.-É. qui connaissent des retards et des pénuries dans l’installation de bornes de recharge, obligeant à une planification et à une coordination complexes.
 
Des défis logistiques sont à prévoir, notamment en ce qui concerne l’autonomie des ASE. Ceci impacte la création de parcs d’ASE, particulièrement dans les zones rurales et par temps hivernal rigoureux.
 
L’absence de programmes de formation adaptés pour la main-d’œuvre dans le secteur du transport scolaire, associée à un manque de sensibilisation aux avantages des ASE et aux programmes de financement disponibles, entrave l’intégration des ASE dans les parcs d’autobus scolaires.

L’ACEAS recommande les mesures suivantes :

  • Augmenter les subventions provinciales couvrant l’ensemble des coûts en capital des ASE, en s’inspirant du programme PETS du Québec.
  • Prolonger les programmes de financement fédéraux au-delà de 2026 et 2027.
  • Prioriser l’expansion des infrastructures de recharge, y compris les installations sur site dans les écoles et des conditions de financement flexibles.
  • Simplifier les structures de financement, mettre en place des remises à la vente et établir des canaux de financement distincts pour les ASE.
  • Établir des objectifs clairs pour la transition vers des parcs d’ASE dans les cadres politiques fédéraux et provinciaux actuels.
  • Définir des capacités de batterie minimales pour les fabricants d’ASE.
  • Élargir la gamme de modèles d’ASE éligibles aux divers financements.
  • Prolonger la durée des contrats avec les responsables de parcs à 10 ans, effectuer des analyses financières et augmenter le financement de manière proportionnelle.
  • Combler les lacunes en matière de connaissances grâce à des outils de sensibilisation et de formation pour la main-d’oeuvre dans le secteur du transport scolaire
  • Encourager le partage de données entre les provinces, la recherche sur les méthodes de conversion et l’exploration des ASE dans la technologie V2G.

En offrant cette feuille de route, l’ACEAS vise à accélérer la transition vers les ASE et à ouvrir une nouvelle ère de transport scolaire durable au Canada.

Si vous souhaitez obtenir des informations détaillées sur les obstacles et recommandations politiques spécifiques à chaque juridiction, vous pouvez consulter les informations supplémentaires dans les notes de breffage suivants: 

 

Pour plus d’informations sur l’électrification du transport scolaire au Canada, nous vous encourageons à lire l’autre rapport préparé par Dunsky Énergie + Climat, Pistes de solutions pour l’électrification du parc d’autobus scolaires du Canada.

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Henri Chevalier

Stagiaire en mobilité durable
Équiterre

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